L’ancien ministre Albert Damantang Camara a été entendu ce mercredi 6 mai devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), dans une affaire portant sur des soupçons de détournement de fonds publics, de corruption, de blanchiment de capitaux et d’enrichissement illicite. Les montants évoqués par l’accusation s’élèvent à plusieurs centaines de milliards de francs guinéens, liés à sa gestion passée au sein des ministères de l’Enseignement technique et de la Sécurité.
Face aux juges, le prévenu a rejeté les conclusions du rapport de l’Inspection générale d’État (IGE), qui fait état d’opérations financières dépourvues de pièces justificatives : « Ce sont des opérations pour lesquelles les inspecteurs n’ont pas trouvé de justificatifs pour une raison ou une autre. Mais ce n’est pas du détournement », a-t-il déclaré, remettant en cause l’interprétation faite par les enquêteurs.
Dans le même sens, il a estimé que l’absence de documents ne saurait constituer, à elle seule, une preuve d’irrégularité : « Je ne vois pas en quoi une absence de pièces justificatives dans ces opérations soit un détournement ou une erreur de gestion », a-t-il insisté, plaidant pour une vérification plus approfondie auprès des services du Trésor public.
Albert Damantang Camara a également indiqué n’avoir jamais été sollicité par l’IGE lors de l’élaboration du rapport incriminé : « Je m’attendais à être interpellé sur le contenu », a-t-il affirmé, précisant n’avoir pris connaissance du document qu’en novembre 2023, après sa transmission à ses avocats.
Concernant certaines dépenses effectuées sous son autorité au ministère de la Sécurité, l’ancien responsable a invoqué le contexte exceptionnel de la pandémie de Covid-19. Selon lui, les engagements financiers visaient à répondre à une urgence sanitaire : « Ce n’était pas une urgence feinte. C’était un problème de santé publique », a-t-il soutenu.
Interpellé par le parquet sur la nécessité de produire des justificatifs, il a rappelé la distinction des rôles dans la chaîne de dépense publique : « Il y a un comptable public qui doit justifier. Je ne suis pas un payeur », a-t-il expliqué.
S’agissant de son patrimoine, l’ancien ministre a présenté les éléments qu’il dit détenir, notamment des comptes bancaires ouverts en France depuis plusieurs décennies, des parcelles non bâties dans différentes localités du pays, ainsi que des biens mobiliers acquis au fil des années. Il a par ailleurs retracé son parcours professionnel, évoquant notamment son passage dans le secteur privé et la création de son cabinet de conseil avant son entrée au gouvernement.
Toutefois, certaines pièces justificatives relatives à ses activités antérieures n’ont pas été produites à l’audience, le prévenu s’engageant à les fournir ultérieurement.
La défense a contesté la pertinence de certaines demandes du parquet, notamment en ce qui concerne la production de documents anciens. Une position rejetée par le procureur spécial, qui a rappelé que, dans les affaires d’enrichissement illicite, la charge de la preuve repose sur le prévenu.
Le ministère public a également évoqué l’existence de biens fonciers supplémentaires et sollicité la comparution d’un membre de la famille du prévenu afin d’éclairer la question d’une donation.
À l’issue des débats, la cour a accédé à la demande de renvoi formulée par le parquet afin de permettre la production d’éléments complémentaires. La prochaine audience est fixée au 20 mai, pour la poursuite de l’examen du dossier.
Gnima Aïssata Kébé










