Le procès relatif aux événements du 28 septembre 2009 s’est poursuivi ce mardi 5 mai 2026 devant le tribunal criminel de Dixinn, délocalisé à la Cour d’appel de Conakry, avec la poursuite de l’interrogatoire de Mamady Soumaoro, principal témoin dans le dossier impliquant le colonel Bienvenu Lamah.
Après une première comparution la veille, le témoin a de nouveau fait face aux questions des différentes parties, dans une audience marquée par des confrontations sur ses précédentes déclarations et de nouvelles révélations sur le camp militaire de Kaliah.
Dès l’ouverture de l’audience, l’avocat de la défense de Bienvenu Lamah a entrepris de confronter Mamady Soumaoro à ses déclarations faites lors de l’enquête préliminaire. Plusieurs passages du procès-verbal ont été relus à la barre. Si certains extraits ont été rejetés par le témoin, d’autres ont en revanche été reconnus.
Mamady Soumaoro a notamment confirmé avoir été recruté en 2009 par Aboubacar Sidiki Diakité, alias Toumba. Selon lui, le camp de Kaliah comptait environ 12 000 recrues, réparties en deux catégories : les commandos et les fantassins.
À un moment de l’audience, le témoin a tenté de mettre fin à ses réponses, estimant avoir déjà apporté toutes les explications nécessaires lors de sa première déposition. Une attitude qui a conduit le président du tribunal, le juge Aboubacar Thiam, à intervenir fermement pour rappeler l’importance de sa collaboration avec la justice : « Cette procédure a été déclenchée suite à votre déposition. Parce que vous avez fait des déclarations qui ont été consignées dans un procès-verbal. C’est ce procès-verbal qui a été la pièce maîtresse pour que le procureur de la République déclenche des poursuites. Alors si vous êtes à la barre ici, acceptez de répondre aux questions posées. C’est pour éclairer surtout la religion du tribunal. Le tribunal veut comprendre réellement ce qui s’est passé. La justice, on peut vous poser la même question sous multiples formes et c’est normal. C’est pour nous aider à comprendre, nous qui jugeons. Répondez aux questions posées », a déclaré le magistrat.
Après cette mise au point, Mamady Soumaoro a repris son interrogatoire.
Interrogé par les avocats de la partie civile sur la présence d’étrangers au camp de Kaliah, le témoin a affirmé que des formateurs étrangers étaient effectivement présents : « Oui, il y avait des étrangers qui nous formaient. Parmi eux, il y avait des Asiatiques, des Noirs et d’autres. Il y avait des interprètes qui facilitaient la communication. Le responsable du camp était le colonel Bienvenu Lamah », a-t-il soutenu.
Poursuivant son témoignage, Mamady Soumaoro a indiqué avoir assisté au départ de certaines recrues pour des missions en septembre, alors même que leur formation n’était pas achevée.
Questionné sur une éventuelle instrumentalisation des recrues par Toumba dans le cadre des événements du 28 septembre, il a écarté cette hypothèse : « Toumba ne pouvait pas aller prendre des éléments à Kaliah vu qu’il n’était pas directeur », a-t-il affirmé.
À la question de savoir si son témoignage contre Bienvenu Lamah était motivé par des rancœurs liées à des mauvais traitements subis au camp, Mamady Soumaoro a rejeté cette accusation : « Non ! Si c’était à cause des tortures, je pouvais porter plainte contre lui. Je suis venu dire la vérité sur ce qui s’est passé à Kaliah, parce que j’étais présent », a-t-il déclaré.
Le témoin a également évoqué ses relations passées avec le colonel Bienvenu Lamah, affirmant qu’elles étaient initialement bonnes avant de se détériorer : « À son arrivée à Kaliah, on m’a présenté à lui. On s’entendait bien au début, jusqu’à ce qu’il me donne un espace à côté de son bureau. Mais à un moment donné, il a changé catégoriquement envers moi, et c’est là que notre désaccord a commencé », a-t-il expliqué.
Dans l’échange avec la défense, Mamady Soumaoro a aussi affirmé être toujours sous menace : « J’ai été menacé par le colonel Bienvenu Lamah et son clan, et je suis toujours sous la menace. C’est lui qui a voulu me tuer depuis », a-t-il soutenu.
Face à l’insistance de la défense sur la crédibilité de ces menaces, alors que l’accusé est en détention, le témoin a répondu avoir déjà alerté les autorités judiciaires ainsi que la présidence.
L’audience a finalement été suspendue pour une pause.
Gnima Aïssata Kébé










