Abdoulaye Sankara, que nous appelions affectueusement « Maco », notre maître, s’en est allé. Un monument de la presse vient de tomber, laissant derrière lui un silence lourd et une mémoire immense.
La dernière fois que je l’ai vu, c’était chez lui, à Lambanyi, en septembre 2025, à la veille de mon départ pour Ouagadougou, où je devais prendre part à la 14ᵉ édition des Universités africaines de la Communication (UACO). Ce jour-là, fidèle à lui-même, il m’avait offert, avec générosité, quelques notes précieuses pour enrichir ma communication. Un geste simple, mais infiniment grand, à l’image de l’homme qu’il était : toujours soucieux de transmettre, toujours présent pour accompagner.
Depuis cette rencontre, nous ne nous sommes plus revus physiquement. Mais le lien n’a jamais été rompu. Nous échangions régulièrement : moi pour prendre de ses nouvelles, sa santé étant devenue fragile, et lui, comme tout mentor digne de ce nom, pour s’assurer que je poursuivais mon chemin avec rigueur et détermination.
Je me souviens aussi de sa contribution lumineuse à la première édition de la Rencontre des journalistes africains de Conakry (REJAC), le 27 juin 2025. Bien que physiquement absent, son texte, d’une grande profondeur, avait été lu devant une salle attentive, puis chaleureusement applaudi. Il aurait tant voulu être parmi nous. Lorsque je lui avais proposé d’intervenir sur le thème des relations entre médias et intelligence artificielle, il m’avait répondu avec cette humilité qui le caractérisait :
« Merci Ismaël pour la confiance. Je ferai l’effort d’être là, mais je préfère écrire ma contribution. Tu sais que je ne suis pas éloquent… »
Et pourtant, quelle éloquence dans ses écrits. Maco n’était pas seulement un mentor. Il était pour nous un repère, un conseiller, un véritable consultant en journalisme et en communication. Lors du lancement du journal Le Punch, je m’étais naturellement tourné vers lui. Ses conseils, toujours pertinents et lucides, nous ont guidés dans un contexte marqué par les mutations profondes du numérique et les changements politiques.
Ma première rencontre avec lui remonte à 2002. Introduit par Sanou Kerfalla Cissé au sein de la Rédaction Le Diplomate, via son jeune frère Seydou, j’ai découvert un journaliste d’une exigence rare, rigoureux, profondément attaché à l’éthique. Il incarnait ce principe avec une rigueur presque sacrée : « Ne rien écrire pour nuire, et ne rien taire pour plaire. »
Comme tout maître soucieux de jauger ses élèves, il m’avait soumis à une sorte de test. Une épreuve initiatique, en quelque sorte. Le verdict fut favorable, et ce fut le début d’une collaboration riche, exigeante et profondément formatrice, aux côtés de grandes plumes telles que Talibé, Ibrahima Sory, Sanou Kerfalla Cissé, Amadou Makhissa Diallo, j’en oublie, ainsi que d’autres compagnons de plume : Bebel et Maseco qui ne sont plus parmi nous.
Aujourd’hui, c’est une bibliothèque vivante qui se referme. Mais ses enseignements, eux, demeurent. Ils continueront de guider nos pas, d’éclairer nos choix, et de nourrir notre engagement pour un journalisme digne, rigoureux et responsable.
Les baobabs ne meurent jamais vraiment : ils enracinent leur ombre dans le temps. Et sous celle de Maco, plusieurs générations de journalistes continueront d’apprendre, d’écrire et de se tenir debout.
Repose en paix, Maître ! Amen !
ton héritage, lui, est immortel.
Ismael Camara











