Suspendu pendant plusieurs semaines, le second volet du procès relatif aux événements du 28 septembre 2009 a repris ce lundi 4 mai devant le tribunal criminel de Dixinn, exceptionnellement délocalisé dans l’enceinte de la Cour d’Appel de Conakry. Cette nouvelle phase des audiences a été marquée par l’audition de Mamady Soumaoro, considéré comme l’un des principaux témoins du ministère public dans le dossier visant le colonel Bienvenu Lamah.
Poursuivi pour son implication présumée dans les violences survenues au stade de Conakry, l’officier supérieur de la gendarmerie fait face à de lourdes charges, notamment pour complicité d’assassinat, meurtres, viols et coups et blessures volontaires.
Au moment des faits, Bienvenu Lamah occupait les fonctions d’instructeur au camp de Kaléah, un centre de formation militaire dont plusieurs recrues sont soupçonnées d’avoir participé à la répression sanglante ayant endeuillé le pays le 28 septembre 2009.
À la barre, Mamady Soumaoro, ancien pensionnaire de ce camp, a livré un témoignage détaillé mettant directement en cause l’accusé. Selon lui, le colonel Lamah exerçait un contrôle strict sur les mouvements et activités au sein du camp.
« Personne ne pouvait quitter le camp sans que Bienvenu Lamah n’en soit informé », a déclaré le témoin devant la juridiction, insistant sur l’autorité totale qu’exerçait l’officier sur les recrues.
Le témoin est également revenu sur sa propre expérience au camp, affirmant avoir été détenu sur ordre du colonel avant d’être transféré à Conakry, où il dit avoir subi des actes de torture dans les locaux communément appelés les “32 escaliers” au camp Alpha Yaya Diallo.
Poursuivant son intervention, Mamady Soumaoro a évoqué ce qu’il présente comme des pratiques particulièrement troublantes au sein du centre d’instruction, affirmant que certains actes auraient été commis dans un climat de terreur et de secret : « Je ne suis pas mort, je vis encore. Ce que je déclare ici s’est fait sous le contrôle de l’armée guinéenne, ils sont en train d’écouter », a-t-il lancé,
« Après deux semaines de formation, Bienvenu Lamah a commencé lui-même à sacrifier un être humain là-bas. Il y avait un de nos promotionnaires, de la compagnie Titanic. Ils l’ont laissé dormir la nuit avant de lui enlever tout son sexe. Nous avons entendu des cris dans la nuit. Avant le lever du jour, le corps a été enterré, » a t-il déclaré
À travers cette déclaration, le témoin a contesté la version jusque-là soutenue par l’accusé, appelant ce dernier à faire des aveux devant la justice : « Tout ce que Bienvenu Lamah a dit ici n’est pas la vérité. Je ne suis pas mort, je vis encore », a-t-il martelé.
Après cette audition, le ministère public a poursuivi ses questions pour tenter d’éclairer davantage les zones d’ombre du dossier et consolider les éléments de preuve. Le tribunal a ensuite ordonné une suspension de séance avant la reprise des débats.
Gnima Aïssata Kébé










