La procédure judiciaire engagée contre Badra Koné et ses coaccusés a connu une nouvelle phase ce mercredi 28 avril 2026 devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). À l’issue de plusieurs heures de débats opposant la défense, la partie civile et le ministère public, la Chambre de jugement a décidé de renvoyer le dossier en instruction.
Cette décision intervient alors que l’ancien président de la délégation spéciale de Matam, poursuivi avec plusieurs autres prévenus pour des faits présumés de détournement de deniers publics, blanchiment de capitaux, corruption, prise illégale d’intérêts, faux et usage de faux, avait déjà commencé à faire ses déclarations devant la barre.
Au sortir de la salle d’audience , l’un des avocats de la défense, Lancinet Sylla, a expliqué que ses clients avaient d’abord soulevé une exception liée au statut de candidat de son client aux élections communales prévues le 31 mai prochain : « Depuis 9 heures, nous sommes là, dans le cadre d’une procédure de flagrant délit initiée par le parquet spécial pour des prétendus faits de détournement de deniers publics, de blanchiment de capitaux, de prises illégales d’intérêts, de corruption d’agents publics, de faux et usage de faux. Nous défendons l’ancien président de la délégation spéciale, qui est également candidat au scrutin communal du 31 mai 2026 », a déclaré Me Lancinet Sylla.
L’avocat a rappelé que la défense avait invoqué les dispositions du Code électoral, estimant que son client bénéficie d’une protection légale contre toute poursuite pendant la période électorale : « Le premier moyen que nous avons soulevé portait sur l’interdiction des poursuites contre un candidat. Le législateur a voulu éviter que des poursuites judiciaires soient utilisées pour nuire à un candidat et rompre l’égalité des chances entre les compétiteurs », a-t-il soutenu.
Toutefois, cette exception préliminaire a été rejetée par la Cour, une décision que la défense dit attendre de voir motivée dans le fond. Sur un autre volet, la défense a contesté la procédure de flagrant délit choisie par le parquet spécial, estimant que la nature économique et financière du dossier exigeait une enquête plus approfondie devant un cabinet d’instruction : « La procédure de flagrant délit n’était pas adaptée à cette affaire. Il s’agit d’une matière économique et financière complexe qui nécessite des investigations approfondies. La Cour nous a suivis sur ce point et a renvoyé le dossier au parquet spécial pour saisir la chambre d’instruction », a ajouté l’avocat.
Me Sylla a également dénoncé des incohérences dans le dossier, notamment l’apparition d’un montant de 240 milliards de francs guinéens, absent selon lui des procès-verbaux initiaux : « Sur le procès-verbal sur lequel notre client a été entendu, il n’a jamais été question d’un quelconque montant. Mais à la barre, on parle de 240 milliards. Nous ne savons pas d’où vient ce montant ni d’où sort ce procès-verbal que nous ne reconnaissons pas », a affirmé la défense.
Le parquet spécial est désormais appelé à saisir la chambre d’instruction pour l’ouverture d’une information judiciaire, une étape qui pourrait permettre d’approfondir les investigations avant tout éventuel retour devant la juridiction de jugement.
Gnima Aïssata Kébé










