L’histoire est l’histoire. Nous qui sommes là aujourd’hui, nous ne pouvons pas changer les événements qui se sont déroulés hier. Tout ce que nous pouvons faire, c’est les étudier, les interpréter et en tirer des leçons pour notre présent et notre avenir.
Il faut également reconnaître que certaines vérités historiques, aussi importantes soient-elles, ne doivent pas devenir des instruments qui continuent à diviser les Guinéens aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, nous sommes là, nous sommes Guinéens. Notre premier devoir, en tant que Guinéens et patriotes, est de regarder notre histoire avec lucidité et de l’utiliser pour construire notre développement socio-économique, dans la paix, la cohésion sociale et le respect mutuel.
La première grande leçon que nous pouvons retenir du 28 septembre 1958 est que les Guinéens se sont donné la main autour d’une volonté commune. Ils ont dit non au général de Gaulle et ont affirmé leur volonté de choisir leur propre destin. Ils voulaient la liberté et l’indépendance, et ils se sont mobilisés pour cela.
Aujourd’hui, en tant qu’intellectuels, particulièrement pour ceux d’entre nous qui avons eu la chance de fréquenter l’école et l’université, nous avons le droit de porter un regard critique et personnel sur ces événements.
Nous pouvons nous poser des questions : si nous devions refaire l’histoire de 1958 et des années qui ont suivi, aurions-nous nécessairement fait les mêmes choix ? Certaines confrontations et certains discours entre Ahmed Sékou Touré et le général de Gaulle étaient-ils indispensables ? Aurait-il été possible de faire autrement ?
Ces questions peuvent être posées. Mais elles doivent l’être avec intelligence, sans tomber dans les positions extrêmes.
Il ne sert à rien de dire que nous n’avons rien fait, pas plus qu’il ne sert à dire que nous avons tout subi. Nous devons avoir le courage de regarder notre histoire en face, avec ses réussites, ses erreurs, ses blessures et ses contradictions.
La vraie question aujourd’hui est la suivante : voulons-nous continuer à laisser l’histoire empoisonner notre présent et hypothéquer notre avenir ? Ou voulons-nous décider ensemble de ce que nous allons faire maintenant, dans le respect mutuel, en pensant d’abord à la Guinée, à son présent et à son avenir ?
Nous devons éviter que l’histoire continue à remuer les blessures du passé au point de rendre leur guérison impossible. Ce qui est fait est fait. Nous ne pouvons pas revenir en arrière. Mais nous pouvons décider de ce que nous allons faire de cet héritage.
C’est pourquoi je lance, une fois encore, un appel, particulièrement à la jeunesse guinéenne : étudions notre histoire, discutons-en librement, mais ne faisons pas de notre passé une prison pour notre avenir.
Nous sommes condamnés à vivre ensemble. Personne ne peut chasser l’autre de la Guinée. Personne ne peut effacer l’autre. Nous sommes tous Guinéens, que nous le voulions ou non, que nous le disions ouvertement ou non.
Notre responsabilité, en tant que population, est donc de reconnaître les faits historiques, de les étudier et de les transmettre, sans pour autant leur permettre de continuer à détruire notre présent.
À quoi sert-il de reparler aujourd’hui de certains événements ? Est-ce pour continuer à nous pourrir la vie, à compliquer notre présent et à obscurcir notre avenir ? Ou est-ce pour comprendre ce qui s’est passé et déterminer ensemble ce qu’il faut faire maintenant pour la paix, la stabilité et le développement socio-économique de la Guinée ?
En ce qui concerne le pouvoir public, sa responsabilité est d’être le représentant de tous les Guinéens. Il doit respecter les institutions et les lois, et les appliquer à tous avec la même exigence et la même égalité.
L’État doit également se servir de l’histoire pour aider les Guinéens à mieux comprendre leur passé, mais surtout pour tirer de ce passé les enseignements qui permettront au pays de progresser.
Le 28 septembre et le 2 octobre sont donc deux dates historiques majeures pour notre pays. Le 28 septembre 1958 correspond au référendum qui a marqué le choix de la Guinée, tandis que le 2 octobre 1958 marque la proclamation de l’indépendance.
Ces dates doivent être des occasions de réflexion, de mémoire et de rassemblement.
Une fois encore, joyeux anniversaire à la Guinée !
Soyons fiers de ce que notre pays a représenté en 1958, lorsqu’il a affirmé son choix et ouvert une voie qui a profondément marqué l’histoire de l’Afrique francophone.
Mais être fiers de notre histoire ne signifie pas vivre prisonniers de celle-ci. Notre plus grand hommage aux générations qui nous ont précédés sera de construire une Guinée plus unie, plus juste, plus pacifique et plus prospère.
La Guinée a montré une voie en 1958. Elle est aujourd’hui appelée à montrer une nouvelle voie : celle de la réconciliation, de la cohésion sociale, de la justice, du développement et de l’unité.
Vive la Guinée !
Ibrahima Manda Doukouré










