L’Organisation Guinéenne de Défense des Droits de l’Homme et du Citoyen (OGDH) a présenté, ce jeudi 14 mai 2026 à la Maison de la presse , un rapport consacré au fonctionnement de la chaîne pénale en Guinée. À travers cette étude, l’organisation entend mettre en lumière les principaux défis auxquels fait face le système judiciaire guinéen, tout en formulant des recommandations pour améliorer l’accès à la justice, notamment pour les personnes vulnérables.
Présentant les grandes lignes du document, le consultant national, Mamadou Malal Diallo, a expliqué que l’étude a permis d’évaluer à la fois les efforts consentis par les acteurs judiciaires et les insuffisances structurelles qui affectent le bon fonctionnement de la chaîne pénale : « Nous avons procédé à des entretiens, des visites de terrain, une revue documentaire et la rédaction du rapport. Cette étude nous a permis de démontrer qu’il existe des efforts professionnels dans la chaîne pénale, mais également de nombreux défis structurels qui persistent », a-t-il déclaré.
Le consultant a rappelé que la Guinée dispose d’un important arsenal juridique, renforcé par plusieurs conventions internationales ratifiées et intégrées dans la législation nationale : « La Guinée est partie à plusieurs conventions internationales qui ont été internalisées dans la législation nationale. Cela a conduit à la révision de plusieurs textes, notamment le Code pénal, le Code de procédure pénale, le Code de l’enfant et la nouvelle Constitution qui consacre le respect des droits fondamentaux », a-t-il souligné.
Le rapport met particulièrement l’accent sur les dysfonctionnements liés à la détention préventive, aux lenteurs judiciaires, au manque d’infrastructures adaptées et à l’insuffisance des moyens logistiques : « Le manque de coordination institutionnelle, l’insuffisance des moyens et la mauvaise application de la loi constituent des obstacles à la bonne organisation de la chaîne pénale », a affirmé Mamadou Malal Diallo.
Parmi les constats relevés figurent également la surpopulation carcérale, les longues détentions préventives et les difficultés d’accès à une assistance judiciaire pour les détenus démunis.
Illustrant cette réalité, le consultant a évoqué plusieurs cas de détenus ayant passé de longues années en prison sans jugement : « Nous avons recensé des cas de détention préventive de 10 ans, voire 16 ans, sans qu’il y ait eu jugement ou présentation devant un juge d’instruction. Ce sont des situations qui portent atteinte aux droits fondamentaux et à la présomption d’innocence », a-t-il dénoncé.
L’étude révèle également des insuffisances dans les infrastructures judiciaires et pénitentiaires, ainsi qu’un déficit de numérisation des services judiciaires : « Les tribunaux sont vétustes, certaines juridictions ne disposent que d’une seule salle d’audience et plusieurs greffes ne sont pas digitalisés. Cela ralentit considérablement le traitement des dossiers », a-t-il expliqué.
Face à ces constats, l’OGDH recommande une réforme progressive et globale du système judiciaire guinéen. L’organisation préconise notamment le strict respect des délais de procédure, l’opérationnalisation du fonds d’aide juridictionnelle, la modernisation des infrastructures judiciaires et pénitentiaires, ainsi qu’une meilleure coordination entre les acteurs de la chaîne pénale : « La mise en œuvre de ces recommandations pourrait contribuer à améliorer le système judiciaire guinéen, réduire les abus et renforcer le respect des droits humains dans le traitement des affaires pénales », a conclu le consultant.
Selon l’OGDH, cette étude s’inscrit dans la continuité du projet de renforcement de l’accès à la justice en République de Guinée. Le rapport repose sur plusieurs démarches méthodologiques, notamment des entretiens, des visites de terrain dans des juridictions, des services de police judiciaire et des établissements pénitentiaires, ainsi qu’une revue documentaire portant sur les textes légaux nationaux et internationaux.
Gnima Aïssata Kébé










