Le prix de la viande de bœuf continue de peser sur le pouvoir d’achat des ménages en Guinée. Alors que le kilogramme se vend désormais entre 75 000 et 80 000 GNF contre 50 000 à 60 000 GNF auparavant, les professionnels de la filière évoquent une combinaison de facteurs à l’origine de cette flambée.
Parmi les principales difficultés citées figurent la baisse de l’approvisionnement en provenance du Mali, les problèmes sécuritaires sur les axes d’acheminement, mais aussi les charges liées au transport et aux différents contrôles sur les routes.
Interrogé ce samedi 29 août 2026, Thierno Bella Bah, boucher et président de la filière bétail dans la commune de Ratoma, estime que la situation actuelle résulte principalement d’une insuffisance de l’offre et des difficultés d’approvisionnement :

« Plusieurs facteurs expliquent cette rareté. L’offre locale est insuffisante et l’approvisionnement provient principalement du Mali. Or, la situation sécuritaire là-bas avec la guerre, les arrestations et les violences bloque le flux. Certains de nos commerçants locaux ont même été arrêtés en allant s’approvisionner. Nous sommes sans nouvelles d’eux depuis deux mois. Par ailleurs, les conflits récurrents entre éleveurs et agriculteurs aggravent les tensions. Lorsque les volumes en provenance du Mali chutent et que les risques routiers augmentent, la viande devient inévitablement rare et chère », a-t-il expliqué.
À cette situation s’ajoutent, selon lui, les conséquences des tensions entre éleveurs et agriculteurs sur le cheptel guinéen. Plusieurs éleveurs auraient quitté le pays pour rejoindre notamment le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou encore la Sierra Leone. Une situation qui aurait également affecté le fonctionnement de nombreux parcs à bétail.
Les coûts d’acheminement constituent également un autre facteur important de la hausse des prix. Le responsable des bouchers de Ratoma souligne que les tarifs varient considérablement selon les zones d’approvisionnement : « Le prix du kilo varie fortement selon les régions : 70.000 GNF à Nzérékoré, entre 60.000 et 70.000 GNF à Kankan, et 60.000 GNF à Labé. Compte tenu des coûts d’acheminement depuis le Mali et de la logistique, maintenir le kilo à 60 000 GNF à Conakry relève aujourd’hui d’un défi majeur », précise-t-il.
Face à cette situation, les acteurs de la filière affirment avoir engagé des échanges avec les autorités afin de rechercher des solutions susceptibles de faire baisser les charges qui pèsent sur le secteur.
Thierno Bella Bah se félicite notamment de l’ouverture d’un dialogue avec plusieurs départements et services concernés par la chaîne d’approvisionnement du bétail : « Les autorités nous ont convoqués à une réunion d’urgence avec le Directeur national de l’Élevage, la Douane, le Commerce et l’Administration du territoire. L’objectif est de trouver un accord, car la situation devient insoutenable pour les ménages démunis. Le nouveau ministre de l’Élevage s’est d’ailleurs rendu dans nos installations et nos parcs. Les autorités se montrent à l’écoute pour harmoniser les prix sur l’ensemble du territoire national », souligne-t-il.
Pour les professionnels, une réduction durable du prix de la viande passe avant tout par une diminution des différentes charges supportées par les commerçants et les transporteurs. Le président de la filière bétail à Ratoma assure que les bouchers sont disposés à répercuter immédiatement tout allègement sur les consommateurs : « C’est une obligation pour nous. Cela fait plus de 3 ans que nous soutenons les efforts des autorités. Depuis l’arrivée du Président Mamadi Doumbouya, un accord a permis de maintenir le kilo à 60.000 GNF grâce à la réduction des taxes routières et des frais de transport des camions de bétail. Si les autorités appliquent les mesures promises, nous sommes plus que prêts à réduire le prix pour la population. La cherté ne nous arrange pas non plus. Lorsque nous achetons le bétail trop cher au Mali, nous vendons souvent à perte jusqu’à 1 ou 2 millions GNF de perte par bête. Aujourd’hui, une baisse des prix est bénéfique pour tout le monde, y compris pour les plus démunis », a-t-il indiqué.
Les bouchers mettent ainsi la balle dans le camp des pouvoirs publics. Pour eux, la concrétisation des mesures annoncées sur les taxes, le transport et les conditions d’acheminement pourrait permettre de réduire les coûts et, par conséquent, de rendre la viande de bœuf plus accessible aux consommateurs.
Gnima Aïssata Kébé










