Le ministère du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, à travers l’Institut national de la statistique (INS), en partenariat technique avec le Programme alimentaire mondial (PAM), a organisé ce jeudi 30 juillet 2026, dans un réceptif hôtelier , un atelier de présentation des résultats des analyses sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Guinée. Cette rencontre a réuni les autorités nationales, les partenaires techniques et financiers ainsi que d’autres acteurs autour des principaux défis liés à l’alimentation, et à la nutrition dans le pays.

À l’ouverture des travaux, le représentant pays du Programme alimentaire mondial, Cyridion Usengumuremyi, a dressé un tableau de la situation alimentaire en Guinée : « Selon les dernières analyses, 1,668 million de personnes, soit 13,4 % de la population guinéenne, devraient se trouver en situation de crise ou d’urgence alimentaire pendant la période de soudure de juin à août 2026. Parallèlement, plus de 3,1 millions de personnes restent sous pression alimentaire et demeurent exposées au risque de basculer dans une situation plus grave au moindre choc », a-t-il déclaré.

Le responsable du PAM a expliqué que l’insécurité alimentaire en Guinée ne résulte pas uniquement d’un manque de disponibilité des denrées alimentaires, mais surtout d’un problème d’accès à une alimentation saine et nutritive : « Les résultats de l’analyse Fill the Nutrient Gap montrent qu’un ménage guinéen sur deux ne peut pas s’offrir une alimentation nutritive, dont le coût est estimé à plus d’un million de francs guinéens par mois. Cette situation affecte particulièrement les enfants, les adolescents, les femmes enceintes et allaitantes. Chaque année, 250 448 tonnes de riz, soit près de 12 % de la production nationale, sont perdues après récolte. Pour les fruits, légumes, tubercules et produits halieutiques, les pertes sont encore plus importantes. Réduire ces pertes représente l’une des opportunités les plus rapides et les plus rentables pour renforcer la sécurité alimentaire du pays. Les analyses démontrent qu’une approche intégrée associant protection sociale, nutrition, éducation et renforcement des systèmes alimentaires pourrait faire progresser l’accès des ménages à une alimentation nutritive de 50 % à 85 %», a-t-il affirmé.
Présentant les principaux résultats des études, le directeur général adjoint de l’Institut national de la statistique, Mamadou a rappelé plusieurs indicateurs majeurs : « Près de 1,7 million de personnes devront être assistées durant la période de soudure de juin à août 2026, soit 13,4 % de la population. Un ménage guinéen sur deux ne peut s’offrir une alimentation nutritive. Le score national de fonctionnalité des marchés est de 5,1 sur 10, ce qui traduit des marchés approvisionnés mais peu fonctionnels. En outre, 250 448 tonnes de riz ont été perdues après récolte en 2022, représentant 11,9 % de la production nationale », a-t-il indiqué.
Clôturant la cérémonie, le ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, Ismaïl Nabé, a appelé à considérer ces chiffres comme un véritable signal d’alerte :

« Derrière les chiffres, il y a une réalité humaine. Derrière chaque indicateur, il y a une famille. Derrière chaque taux de malnutrition, il y a un enfant dont le développement peut être compromis. Ces chiffres ne doivent pas être considérés comme de simples statistiques. Ils constituent un appel à l’action », a déclaré le ministre.
Selon lui, la sécurité alimentaire dépasse largement la seule question de la disponibilité des denrées : « Elle concerne simultanément l’accès, le pouvoir d’achat, la qualité nutritionnelle, la stabilité des approvisionnements, la sécurité sanitaire des aliments et la capacité de notre système agricole à résister aux chocs. La sécurité alimentaire est une véritable politique de développement », a-t-il soutenu.
Le ministre a rappelé que cette priorité occupe une place centrale dans le programme Simandou 2040, qui ambitionne de transformer durablement l’économie guinéenne.
Il a également évoqué plusieurs initiatives engagées par le gouvernement, notamment la validation des textes sur la sécurité sanitaire des aliments, le partenariat entre la Guinée, le Japon et le Programme alimentaire mondial en faveur de plus de 52 000 bénéficiaires, dont 36 000 élèves à travers les cantines scolaires, ainsi que le don de 2 400 tonnes de riz offert récemment par le gouvernement chinois au profit des populations vulnérables.

Estimant que la Guinée dispose d’importants atouts agricoles, Ismaïl Nabé a plaidé pour une transformation profonde du système alimentaire national : « Nous devons produire mieux, transformer mieux, conserver mieux. Nous devons passer de l’agriculture de subsistance à une agriculture productive, de la production primaire à la transformation locale, puis à l’industrialisation. Notre souveraineté alimentaire doit devenir le moteur de notre souveraineté économique », a-t-il affirmé.
Le ministre a enfin lancé un appel aux partenaires techniques et financiers afin d’accroître leurs investissements dans les infrastructures rurales, les chaînes de valeur agricoles, les systèmes alimentaires locaux ainsi que dans les femmes et les jeunes : « La sécurité alimentaire n’est pas seulement une question de nourriture. C’est une question de dignité, de justice sociale, de santé, de capital humain et de souveraineté. Ensemble, faisons de la sécurité alimentaire non plus seulement un objectif de politique publique, mais l’un des fondements de la Guinée prospère, résiliente et ouverte que nous voulons construire à l’horizon 2040 », a-t-il conclu.
Gnima Aïssata Kébé










