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Filières techniques contre sciences humaines : une fausse alternative pour la Guinée (Par O. Diallo)

@kamiss by @kamiss
23 juillet 2026
in A LA MINUTE, Actualités, Société
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Filières techniques contre sciences humaines : une fausse alternative pour la Guinée   (Par O. Diallo)
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Le ministre des Mines, a raison de s’inquiéter du chômage des diplômés guinéens. Mais son diagnostic — opposer filières techniques et sciences humaines, Formations professionnelleset longues études universitaires — mérite d’être nuancé, et son propre parcours en offre la meilleure illustration.

Un paradoxe révélateur

Juriste de formation, il occupe aujourd’hui l’un des postes les plus stratégiques de l’État, précisément dans un secteur — les mines — où la maîtrise du droit est décisive : négociation des conventions minières, arbitrage international, régulation environnementale, fiscalité extractive. Difficile, dans ce contexte, de soutenir que « l’avenir de l’emploi » se trouve exclusivement dans les filières techniques, quand c’est une formation juridique qui a permis au ministre lui-même d’accéder à ce niveau de responsabilité. Ce n’est pas une contradiction anecdotique : c’est le signe que les compétences en droit, en économie et en sciences politiques restent indispensables à toute stratégie de développement, y compris minière.

Ce que les exemples asiatiques montrent vraiment

Singapour et la Chine sont souvent cités en exemple, mais leur réussite ne tient pas à un simple arbitrage entre « producteurs » et « gestionnaires ». Ces pays ont construit, en parallèle de leurs filières techniques, des administrations publiques solides, des systèmes judiciaires fiables et des cadres réglementaires stables — autant de conditions qui nécessitent juristes, économistes et administrateurs de haut niveau. Singapour a d’ailleurs fait de la magistrature et de la fonction publique juridique un pilier de son modèle, pas un angle mort.

Le vrai risque pour Simandou et les raffineries

Les grands projets industriels annoncés par le ministre — Simandou, raffineries, industrialisation minière — auront certes besoin de chimistes et d’ingénieurs. Mais ils auront tout autant besoin de juristes spécialisés en droit minier et environnemental, d’économistes pour structurer la fiscalité et la redistribution des revenus, et de spécialistes en gouvernance pour éviter que la Guinée ne reproduise le « paradoxe de l’abondance » qui a frappé tant de pays riches en ressources mais pauvres en institutions. L’histoire des industries extractives en Afrique montre que les échecs viennent rarement d’un manque de techniciens, mais souvent d’un déficit de gouvernance, de contrats mal négociés et de cadres réglementaires faibles.

Le chômage des diplômés : un problème de filière, ou de marché ?

Réduire le chômage des jeunes diplômés à un mauvais choix de filière occulte une autre réalité, plus urgente : c’est d’abord l’économie guinéenne elle-même, encore trop peu diversifiée et trop dépendante des matières premières, qui peine à créer des emplois qualifiés en nombre suffisant — techniciens compris. Tant que la croissance reposera essentiellement sur l’extraction minière et peu sur la transformation locale, les services à forte valeur ajoutée, l’agro-industrie ou le numérique, aucun rééquilibrage des filières de formation ne suffira à résorber le chômage. La diversification économique n’est donc pas une option parmi d’autres : c’est la condition première pour que les diplômés, quelle que soit leur filière, trouvent des débouchés. Sans elle, orienter massivement les jeunes vers les filières techniques ne fera que déplacer le problème : on aura demain un surplus de techniciens sans emploi, plutôt qu’un surplus de juristes ou de sociologues.

Ce que répondent les partisans d’un rééquilibrage rapide

Cette lecture n’est cependant pas la seule possible. D’autres analystes font valoir que face à l’urgence du chômage des jeunes, attendre une diversification économique de long terme avant d’ajuster l’offre de formation reviendrait à sacrifier une génération entière. Pour eux, un rééquilibrage rapide vers les filières techniques constitue la réponse la plus réaliste à court terme, pour trois raisons principales.

D’abord, les filières techniques et professionnelles, plus courtes, permettent une insertion plus rapide sur le marché du travail que les longs cursus universitaires généralistes, y compris dans une économie encore peu diversifiée : un technicien qualifié trouve plus facilement un emploi immédiat, même modeste, qu’un diplômé en sciences humaines sans débouché sectoriel clair. Ensuite, les projets industriels déjà engagés — Simandou, raffineries, infrastructures — créent une demande de compétences techniques immédiate et quantifiable, alors que les effets d’une diversification économique plus large restent, par définition, incertains et différés. Enfin, certains estiment qu’une administration surdotée en juristes et en diplômés généralistes, sans emplois publics ou privés en nombre suffisant pour les absorber, alimente elle-même une partie du chômage diplômé actuel — un déséquilibre qu’il conviendrait de corriger avant d’envisager tout autre ajustement.

Selon cette approche, il serait donc préférable d’agir vite sur l’orientation des jeunes vers les filières techniques, quitte à affiner ensuite la politique de formation à mesure que l’économie se diversifie, plutôt que d’attendre une transformation structurelle dont le calendrier reste hypothétique.

Rééquilibrer, non opposer

Il ne s’agit donc pas de choisir un camp entre filières techniques et sciences humaines, mais de sortir d’une logique de concurrence entre elles. Les compétences les plus recherchées à l’avenir — y compris dans l’intelligence artificielle que le ministre cite lui-même — combinent de plus en plus expertise technique et capacités d’analyse, de régulation éthique et juridique. Les grandes entreprises technologiques recrutent aujourd’hui autant de spécialistes en droit du numérique et en sciences sociales que d’ingénieurs pour encadrer l’usage de ces technologies. Un rééquilibrage de l’offre de formation vers les filières techniques peut être pertinent si l’économie guinéenne se diversifie et crée une demande réelle pour ces profils ; il devient contre-productif s’il se fait au détriment des compétences juridiques, économiques et administratives dont dépend justement la réussite de cette diversification.

Conclusion

L’intention du gouvernement guinéen de renforcer l’enseignement technique est légitime et bienvenue : aucun pays ne se développe sans ingénieurs ni techniciens qualifiés. Mais l’urgence n’est pas de faire reculer les sciences humaines au profit des filières techniques ; elle est de diversifier l’économie guinéenne pour que toutes les filières, techniques comme juridiques et sociales, trouvent enfin les débouchés qui font aujourd’hui défaut. Un rééquilibrage des filières a du sens comme accompagnement de cette diversification — pas comme substitut à elle, ni comme concurrence entre disciplines qui, toutes, seront nécessaires pour transformer les ressources minières de la Guinée en développement durable et équitablement partagé.

O. DIALLO

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