La deuxième et dernière journée de la rencontre organisée par le Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) s’est clôturée sur une note essentielle : la précision des mots au service de la transparence.
Pour cette ultime session, les projecteurs ont été braqués sur un levier crucial de la lutte : le bon usage de la terminologie de la Lutte contre le Blanchiment de Capitaux et le Financement du Terrorisme (LBC/FT). Face aux professionnels des médias, les experts ont rappelé qu’en cette matière, une approximation de langage peut s’avérer lourde de conséquences.
Les mots justes pour éviter l’amalgame
« Informer ne se résume pas à rapporter de simples faits. Il faut utiliser les termes exacts pour impacter positivement l’opinion », a martelé Mme Toé, formatrice lors de la rencontre. Dans ce domaine hautement technique, une seule erreur de vocabulaire peut semer la confusion au lieu d’éclairer le public.
Pour simplifier et bien délimiter les rôles de chacun, un rappel pédagogique a été fait sur la chaîne de responsabilités :
Le journaliste rend compte des faits.
La cellule de renseignement financier analyse les données suspectes.
Le procureur engage les poursuites judiciaires.
Le magistrat (le juge) prononce la sentence.
Chaque acteur doit ainsi opérer strictement dans le cadre des instruments juridiques en vigueur, sans empiéter sur le rôle de l’autre.
Comprendre le mécanisme : Formes et étapes du blanchiment
Pour enrichir la culture générale des participants, Mme Toé a détaillé les trois visages du blanchiment d’argent :
L’auto-blanchiment : Lorsque l’auteur du crime principal (ex: trafic de drogue, corruption) blanchit lui-même l’argent sale qu’il a généré.
Le blanchiment par tiers : L’implication d’une tierce personne ou d’une entité complice pour dissimuler l’origine des fonds.
Le blanchiment autonome : Les poursuites et la condamnation pour blanchiment sans qu’il soit juridiquement nécessaire de condamner au préalable l’infraction d’origine.
Les 3 étapes classiques du blanchiment
L’argent sale suit généralement un parcours en trois temps pour s’insérer dans l’économie légale :
Le placement (ou dépôt) : L’introduction des fonds liquides dans le système financier par de petits dépôts répétés dans plusieurs banques.
L’empilage (ou dispersion) : Des virements successifs et complexes à travers le monde pour brouiller les pistes et détacher l’argent de sa source criminelle.
L’intégration (ou achat d’avoirs) : L’utilisation de cet argent « lavé » pour acheter des biens légitimes (immobilier, entreprises, œuvres d’art).
Investigation et reportage : Les défis des journalistes
La rencontre s’est achevée par des débats très animés autour de deux grands panels modérés par le Secrétariat du GIABA. Les discussions ont croisé les regards sur le journalisme d’investigation et le reportage au quotidien appliqués à la LBC/FT.
Méthodes d’enquête, outils technologiques, sécurité des sources et collaboration avec les autorités compétentes ont été passés au crible. Face aux défis techniques et aux risques liés à ce type de reportages, les participants ont partagé leurs bonnes pratiques pour produire une information de qualité, capable de sensibiliser les citoyens tout en poussant les décideurs à l’action.
En refermant ses portes, cette session du GIABA pose les bases d’un partenariat renouvelé et plus pointu entre les autorités de contrôle et des médias mieux armés pour décoder les flux financiers illicites en Afrique de l’Ouest.












