La crise qui oppose une partie du personnel de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) à la direction de l’institution connaît un nouveau développement. Le secrétaire général de la délégation syndicale, Lanfia Touré, affirme ne pas avoir été associé à la décision de déposer un préavis de grève et prend ses distances avec cette initiative.
De retour de Côte d’Ivoire où il séjournait pour des raisons médicales, le responsable syndical dit avoir découvert le préavis sans en avoir été préalablement informé. Il assure également n’avoir participé à aucune concertation ayant conduit à son élaboration: « Non, je n’étais pas informé, je n’ai été associé à rien concernant l’élaboration de ce préavis de grève, puisque j’étais en soins en Côte d’Ivoire. Et à mon retour, je n’ai pris langue avec personne. Personne ne m’a expliqué ce qui ne va pas d’abord, ni pourquoi ils en sont arrivés là », a-t-il expliqué.
Pour Lanfia Touré, la procédure suivie soulève une question de fonctionnement interne de la délégation syndicale. Il estime que le secrétaire général adjoint ne peut engager seul un mouvement de grève sans consulter le premier responsable de la structure: « Ce n’est pas une bonne démarche, puisque le secrétaire général adjoint ne peut pas lancer un préavis de grève sans que le secrétaire général ne soit informé. C’est le secrétaire général qui engage le personnel, ce n’est pas le secrétaire général adjoint. Mais bon, puisque j’étais absent, je ne sais pas ce qui s’est passé », a-t-il déclaré.
Le secrétaire général de la délégation syndicale va plus loin en indiquant clairement qu’il ne se reconnaît pas dans le préavis déposé. Selon lui, les discussions avec la direction de la Banque Centrale étaient encore ouvertes avant son départ: « Je ne suis pas solidaire de cette grève, car je ne vois pas le sens d’aller au débrayage. Lorsque je suis parti, nous avions commencé les négociations de façon courtoise et nous nous entendions très bien avec les hautes autorités de la Banque Centrale. Je ne comprends pas pourquoi ils ont déposé ce préavis », a-t-il affirmé.
Tout en regrettant cette situation, Lanfia Touré insiste sur la nécessité pour les organisations syndicales de rester dans le cadre prévu par les textes : « Nous, syndicalistes, avons des limites dans nos comportements et nos agissements. Après les quelques éléments d’information que j’ai reçus, je ne peux pas cautionner ce comportement avec les camarades, car nous avons des limites en tout. Notre mouvement est régi par les textes : nos comportements, nos agissements et même notre langage sont encadrés. Si nous restons fidèles aux textes, ces genres de mouvements et d’événements malheureux n’arriveront pas », a-t-il rappelé.
Alors que le gouverneur de la BCRG a demandé au personnel de reprendre le travail, le secrétaire général de la délégation syndicale estime que cette démarche relève des prérogatives de la direction : « Monsieur le Gouverneur est dans son rôle. Si nous sommes réunis ici, c’est pour travailler. Comme je le disais, avec les textes qui nous régissent, ce genre de débrayage ou de cessation de travail est strictement encadré. Je crois que le gouverneur est dans sa logique de faire respecter ces textes, et il est dans son droit de le réclamer. Nous avons aussi le droit de débrayer, mais tout en le faisant dans le respect des règles. Si chacune des parties reste derrière les textes, il n’y aura pas ce genre d’incidents », a-t-il soutenu.
Lanfia Touré assure toutefois que son désaccord ne signifie pas un désengagement vis-à-vis des travailleurs. Son mandat à la tête de la délégation syndicale court jusqu’en mars 2027 et il entend reprendre pleinement ses fonctions après le rétablissement de son état de santé : « Je n’abandonnerai jamais les personnes qui ont placé leur espoir et leur confiance en moi. Je me battrai pour l’intérêt du personnel, tout en évitant à l’avenir ce type d’incidents », a-t-il conclu.
Cette position intervient alors que plusieurs employés ont observé des arrêts de travail dans un contexte marqué par la convocation de syndicalistes à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), puis leur inculpation devant le tribunal de Kaloum.
Gnima Aïssata Kébé










