Depuis plusieurs semaines, des documents signés par le Syndicat largement relayés sur les réseaux sociaux et dans certains médias, présentent une image particulièrement préoccupante de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), de sa gouvernance et de son fonctionnement.
Nous, salariés de la Banque Centrale de la République de Guinée, respectueux de la liberté syndicale et du droit de chaque agent à exprimer ses préoccupations, estimons néanmoins qu’il est de notre devoir d’apporter à l’opinion publique, à nos collègues ainsi qu’aux partenaires de notre institution, des éléments complémentaires permettant une meilleure compréhension de la réalité.
Notre démarche ne vise ni à opposer les travailleurs entre eux, ni à remettre en cause le rôle légitime du Syndicat.
Elle vise simplement à rappeler qu’au sein de la Banque Centrale, existent également des femmes et des hommes qui considèrent que le débat actuel mérite davantage de nuance, d’objectivité et de responsabilité.
Oui, la Banque Centrale fait face à des défis importants.
Oui, certaines préoccupations exprimées par le Syndicat méritent d’être entendues et examinées avec attention.
Mais non, tout n’est pas négatif.
Non, toutes les décisions prises ne procèdent pas d’une volonté de nuire au personnel.
Non, les difficultés actuelles ne peuvent être analysées uniquement à travers le prisme de la confrontation entre le Cabinet et le Syndicat.
Nous refusons que l’image de notre institution soit réduite à une succession de procès d’intention, d’accusations générales ou d’appréciations parfois éloignées de la réalité vécue quotidiennement par de nombreux agents.
Parce que nous sommes attachés à notre Banque, parce que nous souhaitons son progrès et parce que nous croyons à la nécessité d’un dialogue fondé sur les faits, nous souhaitons apporter les précisions suivantes.
Sur les évacuations sanitaires
Contrairement à ce qui est parfois laissé entendre, les décisions relatives aux évacuations sanitaires ne reposent ni sur des appréciations subjectives ni sur des considérations discrétionnaires.
Il convient de rappeler qu’avant même la mise en place du Collège médical, le Gouverneur avait déjà donné une suite favorable à plusieurs sollicitations formulées par le Syndicat en autorisant l’évacuation sanitaire de quatre agents dont les situations avaient été portées à son attention. Ces décisions témoignent de la volonté constante du Cabinet d’être à l’écoute des préoccupations du personnel et d’apporter des réponses concrètes lorsque les circonstances et les éléments médicaux disponibles le justifiaient.
C’est précisément afin de renforcer davantage l’équité, la transparence et l’objectivité dans le traitement de ces demandes qu’à l’initiative du Cabinet, un Collège médical composé de spécialistes a été institué. Cette instance indépendante a pour mission d’évaluer les dossiers sur la base de critères médicaux objectifs, garantissant ainsi un traitement identique pour tous les agents.
À ce jour, huit dossiers ont été examinés par le Collège médical. À l’issue de cette évaluation, un seul dossier a été reconnu conforme aux critères médicaux justifiant une évacuation sanitaire et a effectivement bénéficié de cette prise en charge.
Les autres dossiers n’ont pas été rejetés de manière arbitraire ; ils ont fait l’objet d’un examen approfondi par les spécialistes compétents, lesquels ont conclu que les conditions médicales requises pour une évacuation à l’étranger n’étaient pas réunies.
Cette démarche illustre la volonté du Cabinet de fonder ses décisions sur l’expertise médicale et l’équité entre les agents plutôt que sur des appréciations subjectives ou des considérations émotionnelles.
Sur le dialogue social
Il est exact que de nombreux agents souhaitent un dialogue social plus régulier, plus structuré et davantage orienté vers la recherche de solutions concrètes.
Cette aspiration est légitime.
Toutefois, présenter la situation actuelle comme une absence totale de dialogue serait excessif.
Le dialogue social n’est pas synonyme d’acceptation de toutes les revendications formulées. Il implique l’écoute réciproque, la confrontation des points de vue, l’examen des contraintes de gestion et la recherche d’équilibres compatibles avec les réalités de l’institution.
Aucune organisation, publique ou privée, ne peut fonctionner durablement sur la base de décisions exclusivement dictées par les revendications de l’une ou l’autre partie.
Le rôle du Cabinet consiste précisément à arbitrer entre des intérêts parfois divergents afin de préserver à la fois les droits du personnel et la stabilité de l’institution.
Nous demeurons convaincus que le dialogue doit être renforcé. Mais il doit être fondé sur la confiance, la responsabilité et le respect mutuel plutôt que sur une logique permanente de confrontation.
Sur l’amélioration des conditions de vie et de travail des salariés
Il serait inexact d’affirmer qu’aucune amélioration significative n’est intervenue dans les conditions de vie et de travail des salariés au cours des quatre dernières années.
Sans prétendre que toutes les attentes ont été satisfaites, ni que tous les défis ont été relevés, plusieurs avancées concrètes ont été réalisées au bénéfice du personnel et méritent d’être reconnues avec objectivité.
La Banque s’est notamment dotée d’un nouveau siège moderne répondant à des standards élevés en matière de sécurité, d’équipements et d’environnement professionnel. L’occupation du complexe R+12 constitue l’un des investissements les plus importants réalisés par la BCRG depuis plusieurs décennies et offre aujourd’hui aux agents un cadre de travail moderne, sécurisé et mieux adapté aux exigences d’une banque centrale contemporaine.
Par ailleurs, de nombreux agents ont pu accéder à des logements au sein de la cité BCRG de Keitayah à des conditions financières particulièrement accessibles, contribuant ainsi à améliorer leurs conditions de vie et à renforcer leur stabilité sociale.
Les équipements informatiques font également l’objet d’une modernisation progressive afin d’accompagner la transformation numérique de l’institution et de permettre aux agents d’exercer leurs missions dans de meilleures conditions.
Dans le même temps, les dispositifs de sûreté et de sécurité ont été sensiblement renforcés afin d’assurer une meilleure protection du personnel, des visiteurs et des infrastructures stratégiques de la Banque.
Plusieurs ajustements de primes et d’avantages ont également été mis en œuvre, traduisant la volonté du Cabinet d’améliorer progressivement les conditions matérielles des agents, malgré un environnement économique exigeant.
L’une des avancées sociales les plus importantes demeure toutefois la prise en charge médicale du personnel, désormais portée à 100 %. Cette mesure constitue un effort financier considérable de la Banque en faveur de la santé et du bien-être de ses agents. Elle témoigne de l’attention accordée à la protection sociale du personnel et de la volonté constante d’améliorer les conditions de vie des travailleurs et de leurs familles.
La poursuite des formations financées par les partenaires internationaux contribue également au renforcement des compétences du personnel et offre à de nombreux agents des opportunités de perfectionnement au sein d’institutions de référence.
Ces avancées ne signifient évidemment pas que toutes les préoccupations ont disparu ni que toutes les attentes ont été satisfaites. Elles démontrent néanmoins que des efforts réels ont été accomplis et que la situation mérite une analyse équilibrée tenant compte à la fois des difficultés qui subsistent et des progrès effectivement réalisés.
Reconnaître les insuffisances lorsqu’elles existent est un devoir. Reconnaître les avancées lorsqu’elles sont réelles l’est tout autant. Une appréciation juste de la situation exige de considérer ces deux réalités avec la même honnêteté intellectuelle.
Sur les formations et le développement des compétences
Il est souvent affirmé que les opportunités de formation auraient considérablement diminué.
La réalité mérite d’être nuancée.
Dans un contexte marqué par la digitalisation des apprentissages et l’évolution des méthodes de renforcement des capacités, une part importante des formations est désormais dispensée sous format virtuel par des institutions internationales de référence telles que l’Institut du FMI, l’AFRITAC, l’ATI, la BAD, la BCEAO ainsi que d’autres partenaires techniques et financiers.
Ce choix répond également à une exigence de rationalisation des coûts sans remettre en cause l’objectif fondamental de développement des compétences.
Par ailleurs, les formations présentielles à l’étranger continuent d’être accordées lorsque leur pertinence opérationnelle est démontrée et qu’elles répondent à des besoins stratégiques identifiés pour l’institution.
L’enjeu aujourd’hui n’est pas uniquement de multiplier les déplacements à l’étranger mais de garantir que les formations suivies produisent un impact réel sur les performances de la Banque et sur le développement professionnel des agents.
Sur les avantages sociaux et les attentes du personnel
Nous comprenons les attentes exprimées concernant plusieurs mesures sociales évoquées ces derniers mois.
Cependant, il est nécessaire de rappeler que la mise en œuvre de certaines initiatives dépend de contraintes techniques, juridiques, financières ou organisationnelles qui ne relèvent pas toujours de la seule volonté du Cabinet.
La question de la cantine en constitue un exemple.
Contrairement à certaines affirmations, le projet a effectivement été mis en œuvre. Son fonctionnement a ensuite été suspendu en raison de difficultés techniques liées aux installations du nouveau siège et aux exigences de sécurité du bâtiment.
Il ne s’agit donc pas d’un abandon du projet mais d’une situation nécessitant des ajustements préalables à une reprise durable de l’activité.
De manière générale, les attentes du personnel doivent continuer à être examinées avec attention. Toutefois, il serait irréaliste de considérer que toutes les revendications peuvent être satisfaites simultanément ou sans tenir compte des capacités réelles de l’institution.
Sur la question des détachements
Des interrogations ont également été soulevées concernant les mécanismes de compensation financière accordés aux agents placés en détachement.
Là encore, le débat mérite d’être abordé avec objectivité.
Le Cabinet a considéré que certains mécanismes historiques de compensation devaient être réévalués afin de mieux correspondre aux situations réelles des agents concernés.
Cette réflexion ne traduit pas une remise en cause du principe du détachement ni un manque de considération envers les collègues concernés.
Elle procède d’une volonté de s’assurer que les avantages accordés reposent sur des critères objectifs, transparents et équitables pour l’ensemble du personnel.
Une décision contestée n’est pas nécessairement une décision injuste. La contestation peut résulter d’un arbitrage visant à garantir une gestion cohérente et responsable des ressources de l’institution.
Sur la gouvernance de la Banque
Certaines communications laissent entendre que l’ensemble des difficultés rencontrées par la Banque trouveraient leur origine dans les choix du Cabinet.
Une telle lecture nous paraît simpliste.
Les défis auxquels la Banque Centrale est confrontée aujourd’hui sont le résultat de problématiques accumulées sur plusieurs années : déficit de compétences dans certains domaines spécialisés, évolution rapide des métiers bancaires, transformation numérique, exigences croissantes de conformité, renouvellement générationnel et modernisation des infrastructures.
Aucune équipe dirigeante ne peut résoudre instantanément des problématiques structurelles construites sur plusieurs décennies.
Les critiques sont nécessaires dans toute organisation moderne. Elles deviennent cependant contre-productives lorsqu’elles ignorent la complexité des défis à relever ou lorsqu’elles présentent chaque difficulté comme la conséquence d’une volonté délibérée de nuire au personnel.
Ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous divise
Nous sommes syndiqués pour certains, non syndiqués pour d’autres.
Nous avons parfois des opinions différentes sur la manière dont la Banque est administrée.
Nous pouvons être favorables ou critiques à l’égard de certaines décisions.
Mais nous partageons tous une même réalité : notre avenir professionnel est lié à la solidité, à la crédibilité et à la stabilité de la Banque Centrale de la République de Guinée.
C’est pourquoi nous appelons chacun à privilégier le dialogue, la responsabilité et l’esprit de construction.
Les débats sont nécessaires.
Les critiques sont utiles lorsqu’elles permettent d’améliorer l’institution.
Mais notre Banque mérite mieux que les divisions permanentes, les procès d’intention ou les oppositions stériles.
Elle mérite que chacun — Cabinet, syndicats, cadres et agents — œuvre dans un même objectif : bâtir une Banque Centrale forte, moderne, respectée et capable de répondre aux attentes de la Nation et de son personnel.
Nous, salariés de la Banque Centrale de la République de Guinée










