Décédé le jeudi 16 avril 2026 à son domicile à Conakry, Elhadj Mamadou Sylla, président de l’Union Démocratique de Guinée (UDG), a reçu un hommage ce dimanche 18 avril 2026 au Palais du peuple. Une cérémonie , qui a réuni parents, proches, acteurs politiques et anonymes venus saluer la mémoire d’un homme dont le parcours a marqué la vie publique guinéenne.

Plusieurs personnalités ont pris la parole pour retracer le parcours et l’héritage du disparu. Au nom de la classe politique, Dr Faya Milimono a livré un discours poignant, appelant à tirer des leçons durables de la vie du défunt :

« Nous ne sommes pas réunis aujourd’hui uniquement pour pleurer un homme. Nous sommes réunis pour interroger notre nation à travers la vie de Mamadou Sylla. Car certains parcours dépassent l’individu. Ils deviennent parfois des miroirs, des révélations, des appels.
Dans un pays où les opportunités sont souvent verrouillées, il a démontré qu’un homme peut, par sa volonté, son intelligence, son audace, forcer les portes qui semblaient fermées. C’est un message puissant. C’est un message pour notre jeunesse. Un message pour notre peuple. Une voie libre dans un système figé.
En politique, il n’a jamais été un homme formaté. Il n’a pas été de ceux qui définissent la politique comme l’art de tromper. Il ne parlait pas pour plaire. Il parlait pour affirmer la vérité, pour honorer la vérité. Et dans une société où trop de silences sont complices, où trop de calculs étouffent la vérité, les voix libres deviennent des actes de courage.
Vous me permettrez de parler d’un exemple. En effet, nous avons dans notre pays un dossier qu’on peut aujourd’hui qualifier le dossier de la République, le dossier permanent, la vente de Air Guinée. Pour ceux qui en ont été témoins, ils savent que celui qui en était le ministre des Transports était opposé à ce que Air Guinée soit vendue à Mamadou Sylla. Mais sur ce dossier, il a montré sa grandeur d’âme. Car, auraient été d’autres, ils auraient pu se taire. Mais il a toujours pris la parole pour affirmer la vérité. Donc, il n’a pas été de ceux qui jouent au revanchard, et tout cela démontre la grandeur de l’âme de monsieur Sylla.
Il est donc resté fidèle à la vérité. Pour cela, disons-lui merci et souhaitons tous que son âme repose en paix. Oui, quand on dit la vérité, parfois on dérange. Mais ce sont souvent ceux qui dérangent qui font bouger les lignes. Une leçon pour toute la classe politique de notre pays.
La disparition de Elhadj Mamadou Sylla nous met face à une responsabilité collective. Le pire hommage que nous puissions lui rendre serait de nous limiter à des discours. Le véritable hommage qu’on peut lui rendre, c’est d’agir. Il a été un homme d’action. Agir pour une économie inclusive, agir pour une politique plus proche du terrain, agir pour une Guinée où chacun a sa chance.
Nous devons sortir des postures, nous devons entrer dans l’engagement réel. Je m’adresse particulièrement à la jeunesse : ne regardez pas le parcours d’Elhadj Mamadou Sylla avec distance. Regardez-le comme une invitation. Une invitation à entreprendre, à oser, à vous engager. Car une nation ne se transforme pas par des discours, mais par des hommes et des femmes qui agissent. Et Elhadj Mamadou Sylla a été de ceux-là.
Aujourd’hui, nous saluons la mémoire d’un homme, un grand homme. Mais demain, nous devons poursuivre le combat des idées. Que la mémoire d’Elhadj Mamadou Sylla ne soit pas une fin, qu’elle soit un point de départ. Un point de départ pour une Guinée plus audacieuse, plus juste, plus véridique et plus vivante. »
Le témoignage du président de la Haute Autorité de la Communication (HAC), Boubacar Yacine Diallo, a mis en lumière le patriotisme et le sens du sacrifice du défunt :

« En 2000, lors de la rébellion à nos frontières, je suis allé le voir pour qu’il règle une facture de 5 millions. Ce jour-là, il m’a dit : “Ça va coûter cher, tu attendras deux jours.” Puis il m’a confié qu’il avait acheté des véhicules militaires et les avait fait distribuer le long de la frontière, à ses propres frais. Je lui ai demandé : “Mais, ça va coûter cher… et si l’État ne te rembourse pas ?” Il m’a répondu : “Ce sera ma contribution à la nation. Chacun de nous a le devoir d’y participer.” »
À l’issue du symposium, la dépouille d’Elhadj Mamadou Sylla a été transférée à Boké, sa terre natale, où il sera inhumé demain lundi.
Gnima Aïssata Kébé










