Le procès en appel de Ibrahima Kassory Fofana s’est poursuivi ce jeudi 2 avril 2026 devant la chambre des appels de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), avec l’ouverture des plaidoiries et des réquisitions.
Dès l’entame de l’audience, le président de la chambre, Daye Mara, a informé les parties de la réception du procès-verbal d’audition du prévenu, réalisé le 30 mars dernier sur son lit de malade. Ce document, confirmé par l’ensemble des parties, a permis de clore les débats et de passer à la phase des réquisitions.
Prenant la parole pour la partie civile, Me Pépé Antoine Lamah a soutenu que les faits reprochés à l’ancien chef du gouvernement sont clairement établis. Il évoque notamment un détournement présumé de 15 milliards de francs guinéens, ainsi qu’un patrimoine jugé disproportionné au regard des revenus officiels du prévenu.
L’avocat s’est appuyé sur un rapport de l’Inspection générale d’État datant de mars 2021, qui fait état d’un prélèvement massif sur le budget de la MAMRI entre 2019 et 2021. Il a également insisté sur l’implication personnelle du prévenu dans la réaffectation d’une partie de ces fonds au profit de l’ANIES, soulevant des interrogations sur la légalité d’une telle opération.
Me Lamah a par ailleurs dénoncé des pratiques de dissimulation financière, évoquant des dépôts bancaires fractionnés et l’usage présumé de prête-noms. Il estime que les avoirs identifiés — notamment plus d’un milliard de francs guinéens, ainsi que d’importantes sommes en devises — traduisent un enrichissement illicite, faute de justification par des activités privées documentées.
Au terme de sa plaidoirie, il a demandé à la Cour de confirmer intégralement la décision rendue en première instance le 27 février 2025. Ce jugement avait condamné l’ancien Premier ministre à cinq ans de prison, à une amende de 2 milliards de francs guinéens, au remboursement de 15 milliards au profit de l’État et à 3 milliards de dommages et intérêts, avec confiscation de ses biens. Il a également sollicité une condamnation supplémentaire de 20 milliards de francs guinéens pour appel jugé abusif. Ces arguments ont été soutenus par d’autres avocats de la partie civile, dont Me Amadou Babahen Camara.
Dans la foulée, le ministère public, représenté par la substitut du procureur spécial Amiata Kaba, a présenté ses réquisitions. Elle a affirmé que la décision de première instance était conforme au droit et que les infractions retenues sont caractérisées.
Selon le parquet, le détournement est constitué par la réaffectation de fonds publics à des usages non prévus, notamment le transfert de 3 milliards de francs guinéens de la MAMRI vers l’ANIES. Le ministère public considère également que les éléments du dossier démontrent un enrichissement illicite, au regard des biens et avoirs identifiés en Guinée et à l’étranger.
S’agissant du blanchiment de capitaux, la magistrate a mis en avant des opérations bancaires fractionnées, interprétées comme des manœuvres destinées à échapper aux mécanismes de contrôle.
Au regard de ces éléments, le parquet a requis la confirmation pure et simple du jugement attaqué dans toutes ses dispositions.
La parole revient désormais à la défense, assurée notamment par Me Sidiki Bérété, Me Dinah Sampil et Me Almamy Samory Traoré.
Le procès se poursuit.
Gnima Aïssata Kébé









