L’Organisation Guinéenne de Défense des Droits de l’Homme et du Citoyen (OGDH) a animé, ce samedi 28 septembre 2026 une conférence de presse consacrée au thème : « Le renforcement de l’accès à la justice des personnes les plus vulnérables en République de Guinée ». Une rencontre au cours de laquelle l’organisation a dressé un diagnostic du système judiciaire guinéen, tout en mettant en avant les initiatives engagées pour corriger ces insuffisances.
Prenant la parole, le président de l’OGDH, Me Alpha Amadou DS Bah, avocat au barreau de Guinée, a souligné l’ampleur des obstacles entravant l’accès à la justice : « En réalité, l’accès à la justice est un défi majeur dans notre pays, puisque les obstacles, que ce soit économiques et financiers, obstacles sociaux, culturels, constituent en réalité des freins graves pour l’accès de certaines personnes à la justice », a-t-il affirmé.
Pour l’avocat, cette situation est d’autant plus préoccupante que le droit à la justice est fondamental : « Or, le droit à la justice est un droit fondamental, qui est non seulement consacré par notre Constitution, mais également notre Code de procédure pénale, mais aussi des textes régionaux et sous-régionaux », a-t-il rappelé.
Me Bah a particulièrement mis en lumière la situation des personnes vulnérables, souvent privées d’assistance juridique faute de moyens : « Le fait que des personnes soient vulnérables parce qu’elles n’ont pas les moyens économiques ne peut pas s’offrir le service d’un avocat », a-t-il déploré.
Parmi les dérives relevées, la détention préventive prolongée occupe une place centrale : « Nous avons le recours systématique à la détention préventive des personnes qui auraient dû être en liberté en attendant leur procès se retrouvent de façon systématique en détention », a-t-il dénoncé.
S’appuyant sur une étude de 2016, il a ajouté : « des personnes peuvent rester de 8 à 13 ans en détention préventive. Ça, c’est extrêmement grave ». Une situation qui, selon lui, viole le principe du procès équitable dans un délai raisonnable.
Autre point, la mise en œuvre de l’aide juridictionnelle. Bien qu’une loi ait été adoptée en 2022 pour permettre aux personnes indigentes de bénéficier d’un avocat, son application reste limitée : « La mise en œuvre de cette loi pose énormément de problèmes. J’ai reçu une correspondance d’un juge d’instruction me demandant de désigner un avocat voyez-vous jusqu’où ce dysfonctionnement peut empêcher que des personnes aient accès à la justice », a-t-il expliqué.
Face à ces défis, l’OGDH a mis en place un projet visant à renforcer l’accès à la justice des plus vulnérables.
Lancé le 22 septembre 2025 pour une durée de sept mois, ce programme repose sur deux axes : « un volet accompagnement judiciaire et un second volet sur l’étude afin de formuler des recommandations fortes ».
Dans sa phase opérationnelle, le projet couvre plusieurs juridictions, notamment à Conakry (Kaloum, Mafanco, Dixinn) ainsi que dans les villes de Kindia et Labé. « Ce projet concerne un total de 30 dossiers criminels puisque tant qu’il n’y a pas un avocat pour assister une personne en détention préventive, il est impossible de tenir le procès », a précisé Me Bah.
Cependant, la mise en œuvre du programme se heurte à des contraintes structurelles, notamment le manque de magistrats. « À Kindia, il n’existe qu’un seul procureur c’est extrêmement grave », a-t-il alerté, appelant directement le garde des Sceaux à agir sur cette problématique.
Le dispositif mis en place par l’OGDH repose sur un travail de terrain rigoureux : « C’est le travail des juristes d’aller dans les maisons d’arrêt, de rechercher les personnes qui désirent le service d’un avocat et qui n’ont pas les moyens », a-t-il expliqué.
Au terme de près de sept mois d’activités, les résultats sont jugés encourageants : « Pour les dossiers criminels, nous avons déjà obtenu 27 dossiers qui ont été jugés la plupart des personnes ont été libérées », a annoncé Me Bah, précisant qu’un total de 47 détenus a bénéficié de l’accompagnement de l’organisation.
Gnima Aïssata Kébé










