Le tribunal criminel de Conakry a décidé de se donner le temps de la réflexion. À l’issue de l’audience tenue ce lundi 26 janvier 2026, les juges ont mis en délibéré les exceptions de nullité soulevées par la défense dans le dossier du massacre du stade du 28 septembre 2009. Le verdict sur cet incident de procédure est attendu pour le 23 février prochain.
Cette nouvelle étape judiciaire fait suite aux échanges entre les parties, après que la défense a contesté la validité de l’ordonnance de renvoi ayant saisi la juridiction criminelle contre les colonels Jean-Louis Kpoghomou et Georges Olemou, ainsi que l’adjudant-chef Thomas Touaro, poursuivis pour complicité dans cette affaire emblématique.
En réponse à cette contestation, le ministère public, appuyé par la partie civile, a déposé des conclusions écrites rejetant toute irrégularité de la procédure. Pour l’accusation, aucun obstacle juridique ne s’oppose à l’ouverture des débats au fond.
Le procureur, Elhadj Sidiki Camara, a insisté sur la chronologie des actes judiciaires pour démontrer la régularité de la procédure : « L’arrêt n°09 date du 15 mars 2023, tandis que l’ordonnance de renvoi saisissant ce tribunal est du 30 octobre 2023. C’est pourquoi nous nous focalisons sur cette dernière afin que les débats puissent enfin s’ouvrir », a-t-il soutenu devant la cour.
La défense, pour sa part, est restée inflexible. Elle estime que l’ordonnance de renvoi est juridiquement viciée dès lors qu’elle serait fondée sur une procédure annulée par la chambre de contrôle de l’instruction de la Cour d’appel de Conakry.
Prenant la parole, Me David Béavogui a martelé que l’annulation prononcée antérieurement conserve toute sa portée juridique : « Si elle est postérieure à l’annulation, c’est qu’elle est issue d’une procédure qui n’existe plus juridiquement », a-t-il affirmé, contestant toute possibilité de poursuite sur cette base.
Dans la même logique , l’avocat Pépé Antoine Lamah a dénoncé ce qu’il qualifie de grave dysfonctionnement judiciaire : « Une ordonnance de renvoi bâtie sur un dossier juridiquement annulé, c’est du jamais vu. C’est le fruit d’un travail défaillant, approximatif et contraire aux exigences élémentaires de la procédure pénale. On ne peut valablement renvoyer des accusés devant une juridiction de jugement lorsque la procédure est nulle. C’est une règle fondamentale de l’État de droit », a-t-il déclaré.
L’avocat a également rappelé que la chambre de l’instruction avait non seulement annulé l’acte contesté, mais ordonné la mise en liberté des accusés, à condition qu’ils ne soient pas détenus pour d’autres motifs.
Après avoir écouté les arguments des différentes parties, le président du tribunal, Aboubacar Thiam, a mis fin aux débats relatifs à cet incident de procédure. L’affaire a été mise en délibéré, et la décision sur les exceptions de nullité sera rendue le 23 février 2026.
Le procès se poursuit avec d’autres témoignages
Gnima Aïssata Kébé










