Limogé officiellement le vendredi dernier pour faute lourde, Moussa Condé, jusque-là directeur de la communication et de l’information à la présidence de la République de Guinée, est sorti de son silence. Dans une vidéo publiée dans la nuit du dimanche 22 mars sur sa page Facebook, l’ancien responsable a livré sa version des faits, reconnaissant plusieurs manquements graves dans l’exercice de ses fonctions.
Dans une déclaration Moussa Condé affirme vouloir mettre fin aux spéculations entourant son éviction : « Je viens faire cette vidéo aujourd’hui pour vous informer sur les causes qui ont conduit à mon limogeage que vous avez suivi à la télé. Je vois beaucoup de personnes faire des spéculations, mais aujourd’hui il faut que je donne ma part de vérité, clairement, qui ont conduit à cela », a-t-il expliqué en introduction.
L’ancien directeur admet notamment avoir cherché à obtenir et divulguer des informations sensibles : « En tant que directeur de la communication, j’essayais quand même de soutirer des informations confidentielles au niveau de la présidence pour les divulguer à certains blogueurs. Et chose qui n’est pas digne d’un directeur de la communication », a-t-il reconnu.
Il évoque également des relations jugées inappropriées avec des acteurs politiques de l’ancien régime : « J’étais en contact permanent avec certains membres du gouvernement de l’ancien régime. Et chose qui n’est pas normale aussi, étant donné que je suis en train de gérer la communication d’une grande institution comme la présidence », a-t-il poursuivi.
Parmi les faits ayant conduit à la révélation de ces pratiques, Moussa Condé cite un échange téléphonique avec un agent de sécurité présidentielle : « Il m’a appelé un soir pour me demander un peu d’argent. Donc, je lui ai fait un dépôt de, je crois, 500 000. Et après, je lui ai dit : “Ah, mon frère, il faut écouter, ouvre bien grand tes oreilles là-bas. S’il y a des informations sensibles autour du patron, sur moi, il faut m’informer.” Donc ça, l’appel a été intercepté. C’est là que les problèmes ont commencé », a-t-il détaillé.
Selon lui, les investigations menées à la suite de cet appel ont permis de découvrir d’autres éléments compromettants : « Quand l’appel a été intercepté, j’ai été convoqué et, de contrôle en contrôle dans mon téléphone, ils sont tombés sur des communications que je tenais avec certains marabouts pour me permettre d’avoir des positions auprès du président plus importantes », a-t-il confié.
L’ex-responsable reconnaît également des comportements inappropriés dans l’exercice de ses fonctions administratives : « C’était les fréquentations que je recevais au bureau de certaines filles. Et je ne me retenais pas de faire de la banderillerie avec elles. Le gros aspect aussi, c’est la frustration au sein de l’équipe que je conduisais au sein de la DCI, à laquelle je ne remettais pas forcément leurs primes», a-t-il admis.
Face à l’accumulation de ces faits, Moussa Condé estime que la décision des autorités était inévitable : « Quand tous ces aspects-là sont réunis, et que le chef de l’État a ça, il doit taper sur la table. Et c’est ce qu’il a fait pour me limoger », a-t-il déclaré.
Assumant pleinement ses responsabilités, il conclut : « Il était important que je donne aussi ma version des faits pour que ce soit clair pour tous, que ce limogeage-là, je le mérite et que je l’assume. C’est moi le responsable. Donc en tant que directeur, ce n’était pas normal, ce n’était pas digne de moi. Tout ce qui arrive là, c’est moi, et je l’assume. »
Gnima Aïssata Kébé










