Face aux difficultés de retrait d’argent signalées dans plusieurs banques du pays, le président des associations des cambistes de Guinée, Amadou Tidiane Koula Diallo, s’est exprimé ce vendredi 6 mars 2026 sur la situation de liquidité qui touche actuellement le système bancaire. Il s’exprimait en marge d’une interview.
Selon lui, cette tension sur les liquidités ne traduit pas une faiblesse de l’économie guinéenne, mais plutôt une transformation liée à l’intensification des activités économiques, notamment autour du projet minier Simandou 2040 : « Pour moi, cette crise là est un avantage pour les Guinéens. Vous savez, avant, on pouvait prendre jusqu’à 500 millions à la banque dans le mois. Mais depuis l’arrivée de Simandou 2040, les sociétés minières sont un peu partout à l’intérieur du pays. Chaque minier a supposons 400 travailleurs. Maintenant chaque mois il y a des milliards de francs guinéens qui sortent des banques pour l’intérieur du pays afin de payer les travailleurs là-bas. Tout l’argent qui va là-bas ne retourne plus à la banque. Si la même chose se répète chaque mois, c’est cette sortie qui envoie la crise dans les banques. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’argent en Guinée », explique-t-il.
Poursuivant son analyse, Amadou Tidiane Koula Diallo estime que la fabrication excessive de monnaie ne serait pas une solution appropriée : « À cause de ça, moi je pense que le gouvernement ne peut pas augmenter le franc guinéen. Parce que quand on augmente le franc guinéen, c’est pour dévaloriser notre pays. C’est mieux que l’argent manque à la banque qu’on fabrique encore de l’argent, comme le faisait l’ancien régime. La crise de liquidité, ça c’est un grand avantage pour le pays. L’économie guinéenne va augmenter. Cette crise de liquidité n’est pas synonyme de la faiblesse de l’État. »
Réagissant aux accusations de certains économistes selon lesquelles les cambistes détiendraient une part importante de la liquidité circulant hors du circuit bancaire, le responsable rejette catégoriquement cette hypothèse : « Ça c’est une manque d’information. Le cambiste ne garde pas l’argent. Nous, nous sommes comme les banques. Ce que nous voulons, c’est que l’argent quitte avec nous pour aller dans les mains des populations, parce que nous n’avons aucun intérêt de garder l’argent avec nous. Dans cette histoire de crise nous souffrons plus que les populations. D’ailleurs cette manque de liquidité est important parce que dans plusieurs pays voisins, tu vois difficilement quelqu’un faire le retrait de 10 millions, même pour le versement. Il faut que les Guinéens s’habituent au système bancaire. Les gens doivent savoir que ni les cambistes, ni les banques ne gardent de l’argent. L’argent tourne entre nous, et tout va bien avec notre économie. »
Évoquant enfin la réticence de certains commerçants à déposer leur argent dans les banques, Amadou Tidiane Koula Diallo appelle à une évolution des habitudes financières : « La plupart des gens qui font le versement dans les banques font fonctionner leurs mouvements avec ça. Même au marché ici il n’y a pas beaucoup d’argent. Avec l’insécurité et le banditisme, aucun commerçant ne garde son argent à la maison. Ça c’est obligatoire. C’est nous les cambistes qui souffrons le plus dans cette affaire, mais on ne se plaint pas parce qu’on connaît la situation. Ce n’est pas de la faute de l’État, c’est le travail qui augmente en Guinée. Il faut qu’on accepte de se faire des cartes bancaires pour faciliter les virements, comme le font les pays développés. C’est vrai qu’on n’a jamais connu ce genre de crise. Mais la réalité est qu’on n’a jamais eu un grand projet comme Simandou 2040. Petit à petit, ça finira par aller. Il faut qu’on soit patient, en cherchant d’autres solutions. »
Gnima Aïssata Kébé










