La récente prise de parole de Cellou Baldé, ministre de la Jeunesse et des Sports, devant le mouvement sportif guinéen, a recentré le débat sur un point précis : l’efficacité des investissements consacrés aux infrastructures. En s’interrogeant publiquement sur « à quoi ont servi les moyens mobilisés », le ministre a ciblé un segment clair de l’action publique, c’est-à-dire les chantiers sportifs, notamment les grands stades.
Sur ce terrain, la question n’est pas anodine. Les retards du stade du 28 septembre de Conakry et du complexe de Nongo, ainsi que l’absence d’infrastructures tout simplement nourrissent depuis plusieurs années frustration et incompréhension chez les acteurs du sport. La demande de transparence apparaît donc, sur le fond, légitime.
Mais une évaluation équilibrée impose de ne pas réduire la gestion antérieure au seul volet infrastructurel.
Sous Keamou Bogola Haba par exemple, le ministère a également connu des évolutions notables sur le plan structurel et des politiques sportives. Son passage a été marqué par :
• l’organisation en Guinée de la Coupe d’Afrique des Nations de natation en eau libre, une première à l’échelle continentale pour le pays ;
• des initiatives de détection et de structuration des jeunes talents, notamment dans les catégories de base ;
• une diversification des disciplines soutenues au-delà du football ;
• remise en ordre des fédérations en crise. Bogola Haba a clairement exercé son autorité pour remettre de l’ordre dans les fédérations sportives où des conflits internes paralysaient l’activité ;
• une dynamique de planification stratégique visant à inscrire le sport et la jeunesse dans une vision à long terme.
Évidemment, ces éléments ne gomment pas les lenteurs observées sur certains chantiers, mais ils montrent que l’action ministérielle ne se limitait pas aux infrastructures.
La communication de Cellou Baldé, en se concentrant précisément sur l’utilisation des fonds liés aux stades, ne remet pas explicitement en cause l’ensemble des politiques menées auparavant. Elle cible un segment précis : la performance des investissements matériels.
Reste que cette prise de parole constitue pour lui un couteau à double tranchant.
D’un côté, elle envoie un signal de fermeté et de transparence, en phase avec les attentes d’une opinion lassée des retards.
De l’autre, elle crée une exigence immédiate de résultats. Interroger le passé engage l’avenir. Celui qui demande des comptes devra en rendre à son tour.
En ouvrant publiquement ce chantier, Cellou Baldé a élevé le niveau d’attente autour de son action.
Il est désormais, plus que jamais, attendu au tournant.
Par Alpha Oumar DIALLO











