Le procès relatif aux massacres du 28 septembre 2009 s’est poursuivi ce lundi 19 janvier 2026 devant le tribunal criminel de Dixinn, exceptionnellement délocalisé à la cour d’appel de Conakry. L’audience du jour a été marquée par la première comparution à la barre de Bangaly Diané, l’une des victimes présumées des violences survenues au stade de Conakry.
Après une suspension d’audience accordée pour une pause, Bangaly Diané a été appelé à témoigner. Visiblement marqué, l’homme, qui porte encore une séquelle au genou gauche, a relaté les circonstances dans lesquelles il affirme avoir été atteint par balle le jour des événements. Né en 1980, chauffeur de profession, marié et père de six enfants, il a expliqué que le projectile avait traversé son genou, le laissant durablement handicapé.
Interrogé par le président du tribunal, le juge Aboubacar Thiam, sur l’existence de documents médicaux attestant que la blessure avait été reçue au stade de Conakry, le témoin a répondu par l’affirmative, sans toutefois entrer immédiatement dans les détails.
Le ministère public a ensuite pris le relais des interrogations. Le procureur a cherché à comprendre les motivations de la présence de Bangaly Diané au stade le 28 septembre 2009. Ce dernier a déclaré s’y être rendu en suivant la foule, affirmant partager les revendications des manifestants opposés à la candidature du capitaine Moussa Dadis Camara à l’élection présidentielle. « J’étais dans la même idée qu’eux », a-t-il soutenu à la barre.
Poursuivant ses questions, le procureur a interrogé la victime sur l’identité des auteurs des tirs. Face à ces interrogations, Bangaly Diané s’est montré hésitant, expliquant la confusion extrême qui régnait sur les lieux. Il a indiqué avoir vu des hommes en tenue tirer, tout en précisant qu’il lui était difficile de distinguer précisément les différents groupes impliqués. Selon lui, des gendarmes étaient également présents à l’extérieur du stade.
Le témoin a par ailleurs affirmé avoir vu des femmes agressées à distance, décrivant d’autres agresseurs vêtus de survêtements, au delà des bérets rouges . Interrogé sur la présence de morts à l’intérieur du stade, sa réponse a été sans équivoque : « Oui, ça ne finit pas », a-t-il déclaré.
Les débats se sont ensuite poursuivis avec les avocats de la défense, qui ont notamment interrogé Bangaly Diané sur ses attentes vis-à-vis du tribunal. En réponse, ce dernier a indiqué qu’il sollicitait l’aide de la justice.
Questionné sur son retard à se constituer partie civile, le témoin a expliqué avoir quitté le pays pour se faire soigner en Tunisie. La défense a également soulevé des incohérences dans son rapport médical, notamment sur la date et le lieu des faits. Bangaly Diané a reconnu avoir modifié la dénomination des faits afin de faciliter sa prise en charge médicale, une justification que les avocats de la défense jugent insuffisante.
Selon ces derniers, le cas de Bangaly Diané ne serait pas lié aux événements du 28 septembre 2009, une thèse que la victime rejette catégoriquement.
Après Bangaly Diané, les interrogatoires se poursuivent devant le tribunal criminel, avec le témoignage de Mamadou Oury Diallo, venu représenter son frère Thierno Hady resté immobiliser depuis sa blessure par balle, selon lui, le 28 septembre 2009 au stade.
Gnima Aïssata Kébé












