Le procès des officiers Georges Oulemou, Thomas Touaro et Jean-Louis Kpoghomou s’est poursuivi ce mardi 13 janvier, devant le tribunal criminel de Dixinn, délocalisé pour l’occasion. Après une suspension de l’audience en début de journée, les débats ont repris dans une atmosphère tendue, marquée par un affrontement juridique direct entre la défense, le ministère public et les avocats des parties civiles.
Dès la matinée, les conseils des accusés avaient tenté de faire invalider l’ensemble de la procédure. Ils ont dénoncé, avec insistance, ce qu’ils considèrent comme de graves entorses au code de procédure pénale, allant jusqu’à réclamer la remise en liberté immédiate de leurs clients.
Une position que le parquet a vigoureusement contestée. Prenant la parole, le procureur d’instance, Elhadj Sidiki Camara, a rejeté en bloc les exceptions de nullité soulevées par la défense, qu’il a qualifiées de stratégies dilatoires. Pour le ministère public, les arguments avancés ne reposent sur aucun fondement juridique solide.
Le procureur a notamment rappelé que l’ordonnance de renvoi rendue le 30 octobre 2023, qui a saisi le tribunal, n’a jamais été contestée dans les délais légaux. Selon lui, cette décision judiciaire a définitivement purgé toute irrégularité antérieure de la procédure. Dès lors, a-t-il soutenu, le tribunal est tenu de se prononcer sur le fond de l’affaire.
Au-delà des débats techniques, le parquet a replacé le dossier dans son contexte historique et humain. Il s’agit, a insisté le magistrat, d’un dossier criminel lié aux événements tragiques du 28 septembre 2009, marqués par des exactions d’une extrême gravité. Meurtres, violences sexuelles et actes de barbarie avaient conduit la justice guinéenne à qualifier les faits de crimes contre l’humanité lors du premier procès. Pour le ministère public, il est impératif que les responsabilités soient examinées sans entrave : la société guinéenne, a-t-il affirmé, attend que toute la lumière soit faite.
Sur la question de la prescription, également invoquée par la défense, le parquet s’est montré catégorique. Un jugement étant intervenu il y a moins de deux ans sur ces mêmes faits, l’action publique demeure pleinement recevable.
Les avocats des parties civiles ont, à leur tour, apporté un soutien appuyé à la position du parquet. Me Gilbert Tohon, Me Halimatou Barry, Me Amadou DS et Me Saa Dissy Millimono ont dénoncé ce qu’ils estiment être une tentative manifeste de ralentir le cours de la justice. Pour eux, les exceptions soulevées ne résistent ni à l’analyse juridique ni à la logique procédurale.
Au nom du collectif des victimes, Me Saa Dissy Millimono a demandé au tribunal de rejeter purement et simplement les demandes d’annulation, estimant qu’elles sont dépourvues de tout fondement légal.
L’audience a finalement été levée aux alentours de 17 heures. Le tribunal a décidé de renvoyer l’affaire au 19 janvier prochain, date à laquelle les avocats de la défense poursuivront leurs répliques.
Gnima Aïssata Kébé











