La transition politique en Guinée touche à sa fin. Plus qu’une séquence institutionnelle, elle aura été un moment de suspension des attentes, d’observation et de projection. Désormais, le pays entre dans une phase autrement plus exigeante : celle de la concrétisation du développement réel.
Le défi central réside aujourd’hui dans la capacité des autorités à traduire une vision politique en résultats tangibles. À ce stade, le choix des femmes et des hommes appelés à accompagner le chef de l’État dans la mise en œuvre des politiques publiques est déterminant. La compétence, l’excellence et la rigueur doivent constituer les seuls critères légitimes. La Guinée ne peut plus se permettre des nominations de convenance dans un contexte régional et mondial marqué par la compétition économique et l’instabilité géopolitique.
De la gouvernance d’intention à la gouvernance de résultats.
L’une des attentes majeures de la société guinéenne est l’instauration d’une véritable culture du résultat. Gouverner ne consiste plus seulement à décider, mais à rendre compte. Les responsables publics doivent être évalués sur la base d’objectifs clairs, mesurables et suivis dans le temps. Cette exigence est au cœur de la modernisation de l’État.
Un tel cadre est également indispensable pour restaurer la confiance des acteurs économiques. Les entreprises locales, les entrepreneurs et les investisseurs étrangers ont besoin de visibilité, de sécurité juridique et de stabilité institutionnelle. Le développement économique ne peut se déployer durablement dans un environnement perçu comme incertain ou imprévisible.
Normalisation de l’État et consolidation des libertés.
La démilitarisation progressive des espaces administratifs s’inscrit dans cette dynamique de normalisation. Elle participe à la construction d’un État civil, lisible et rassurant, où l’autorité publique repose sur la force du droit.
Dans le même esprit, le renforcement des droits de l’homme, de la bonne gouvernance et de la liberté d’opinion demeure une condition essentielle de la stabilité à long terme. Une société qui accepte le débat, la critique et la pluralité des opinions est une société mieux armée pour prévenir les crises et corriger ses dérives.
Réconciliation nationale et cohésion sociale.
La Guinée ne pourra engager un cycle de développement durable sans une réconciliation nationale sincère. Celle-ci doit associer l’ensemble des parties prenantes : société civile, formations politiques, leaders d’opinion, acteurs sociaux et économiques. Il ne s’agit pas d’un simple exercice symbolique, mais d’un processus structurant visant à refermer les fractures et à refonder la confiance collective.
Transparence et lutte contre la corruption.
La transparence doit devenir la clé de voûte de l’action publique. Elle implique une lutte résolue, cohérente et systémique contre la corruption. Sans justice crédible ni reddition des comptes, aucune réforme ne peut produire des effets durables. La corruption n’est pas seulement un problème moral ; elle est un frein majeur à l’investissement, à l’équité sociale et à la performance de l’État.
Un moment historique à ne pas manquer.
Un leadership historique se mesure à sa capacité à apaiser, à répondre aux attentes sociales, à donner l’exemple et à impulser une trajectoire de développement. La Guinée se trouve à la croisée des chemins. Les opportunités existent, les ressources aussi. Reste à savoir si ce moment sera transformé en progrès durable ou s’il rejoindra la longue liste des occasions manquées.
L’exigence est désormais collective. L’élite dirigeante, comme l’ensemble des forces vives, est appelée à être à la hauteur des enjeux essentiels et complexes qui conditionnent l’avenir du pays.
-Abdourahamane NABE
Analyste social et des questions de gouvernance
[email protected]










